Gouvernance de la GRU : qui doit piloter la relation usager dans une collectivité ?

Désigner le pilote d'un projet de GRU n'est pas une formalité d'organigramme. C'est l'arbitrage qui détermine si la collectivité aura une relation usager, ou dix.

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Décisions

Ce que cet article vous aide à décider

Choisir le rattachement du pilotage : DSI, transformation, direction dédiée ou accueil.
Distinguer ce qui relève d'un arbitrage politique de ce qui relève d'un choix technique.
Trancher entre référentiel usager unique et bases cloisonnées, sans se tromper sur le RGPD.
Désigner l'instance qui arbitrera les dérogations demandées par les directions métiers.
Résumé en bref

La gouvernance de la GRU consiste à désigner l'autorité capable d'imposer un référentiel usager commun, des règles de service partagées et une charte de communication à toutes les directions. Sans cette autorité, chaque service reconstruit sa propre relation usager, et la meilleure plateforme technique finit fragmentée en silos.

La GRU, pendant public du CRM, s'impose comme un enjeu majeur pour les collectivités qui veulent mieux servir les usagers de leur territoire et tracer leurs demandes. Tout projet finit par buter sur la même question : qui pilote ?

La gouvernance, angle mort des projets de GRU

Dans les projets de GRU que j'ai accompagnés pour de grands acteurs publics, cette question surgit toujours. La mise en œuvre touche toutes les directions et tous les services. Elle doit être orchestrée, et les règles de la relation aux usagers doivent être acceptées par les directions métiers, censées les appliquer sans les édulcorer.

Trois pratiques dominent sur le terrain.

Le pilotage par la DSI ou la direction de l'organisation. C'est le réflexe le plus fréquent, puisque la GRU ressemble d'abord à une solution informatique. L'expérience montre pourtant que ces directions manquent souvent de légitimité vis-à-vis des métiers sur les questions de process.

L'appropriation par le cabinet ou la direction de la communication. Ces entités sont au contact des usagers et doivent leur rendre compte des actions réalisées. Leur légitimité politique est réelle. Leur prise sur les back-offices l'est beaucoup moins.

La création d'une direction dédiée, rattachée à la direction générale, sous le nom de direction de la relation usagers ou de l'accueil usagers.

Aucun de ces modèles n'est bon ou mauvais en soi. Ce qui les départage tient à leur capacité à trancher, et à faire tenir l'arbitrage dans la durée.

Les trois défis à relever

Faire converger des canaux qui ne dépendent pas des mêmes directions

Une GRU couvre le portail et l'application mobile, le standard téléphonique, l'accueil physique et la concertation citoyenne. Chaque canal a son budget, sa culture métier et ses propres indicateurs. Sans règles communes, la promesse d'une expérience unifiée s'effondre.

Un point explique une bonne part des blocages observés : tous ces canaux ne relèvent pas d'une DSI. L'accueil physique et les concertations citoyennes échappent à ses prérogatives habituelles comme à son domaine de compétence. Confier la gouvernance à la seule direction informatique laisse donc mécaniquement une partie des canaux hors périmètre.

85 %
Chiffre cléObjectif de taux de décroché par un agent fixé à l'ensemble des services publics par le plan téléphone de la DITP, engagé depuis 2023.

Le téléphone l'illustre bien. Il reste le canal le plus utilisé par les Français pour joindre un agent public. Une collectivité qui traite parfaitement ses démarches en ligne mais laisse son standard saturer n'a pas une bonne GRU. Elle a un bon téléservice.

Unifier la donnée usager sans se tromper sur le RGPD

Le guichet unique repose sur un identifiant partagé, connectable à FranceConnect. Il évite la ressaisie et rend possible le suivi d'une demande 24 h/24, en ligne comme au guichet. Ce référentiel usager, le « portail chapeau » vu du citoyen, conditionne le suivi de l'instruction au sein de l'institution.

Je constate régulièrement qu'une mauvaise lecture du RGPD conduit certains prestataires ou cabinets de conseil à proscrire ce référentiel unifié. C'est une erreur manifeste. La finalité est bien de mieux servir les usagers, donc de tracer leurs demandes et les réponses apportées.

Cadre réglementaire

Ce que le RGPD impose réellement

Le RGPD n'interdit pas à une administration de connaître ses usagers. Il impose une finalité déterminée, une minimisation des données et un contrôle des accès. La bonne réponse consiste à cloisonner les habilitations, pas à dupliquer les bases. Le service cantine consulte les allergies d'un enfant, les autres services non. À l'inverse, on ne redemande pas un justificatif de domicile déjà fourni et encore valide.

Une base unique avec des droits différenciés par profil d'agent, c'est l'inverse d'un fichier partagé sans discernement. Multiplier les bases multiplie les doublons, les données obsolètes et les surfaces de risque. Soit précisément ce que le règlement cherche à éviter.

Cadre réglementaire

L'accusé de réception n'est pas une option

La traçabilité n'est pas un confort. Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception, au titre du Code des relations entre le public et l'administration. Un guichet unique qui répondrait « je n'ai pas le droit de vous dire où en est votre dossier, contactez tel service » manquerait à sa mission autant qu'à sa promesse.

Orchestrer les process et construire une charte de communication

La qualité de service, c'est la reproduction à l'identique d'une même information pour tous, selon l'avancement du process.

Lors des ateliers que je mène avec les directions métiers, nous définissons les process par dispositif usager, le plus souvent par type de démarche. Nous identifions ensuite les points de communication : notifications SMS et e-mails, courriers, relances, à produire au fil de l'instruction.

La bonne pratique consiste à unifier les modèles d'échange avec les usagers, et non les process eux-mêmes, qui doivent coller au dispositif. Autrement dit à construire une charte de communication utilisable par toutes les directions. Quand chaque service produit ses propres modèles, une même collectivité finit par s'exprimer de dix façons différentes. Les usagers le remarquent.

Passer à l'action

Faites le point sur la gouvernance de votre projet GRU.

Sujet : gouvernance. Action prioritaire : identifier l'autorité capable d'imposer un référentiel usager commun à toutes vos directions.

Quatre modèles d'organisation observés

Modèle Forces Points de vigilance Profil de collectivité
DSI pilote Urbanisation du SI, cybersécurité, vision multi-métiers Légitimité limitée sur les canaux non informatiques Communes disposant déjà d'une DSI structurée
Direction de la transformation Agilité, conception centrée usager Éloignement du terrain après la phase projet Villes moyennes en rupture managériale
Direction de la relation usagers (rattachée DG) Pouvoir d'arbitrage, vision 360°, légitimité transverse Profils hybrides SI, qualité et organisation difficiles à recruter Métropoles et grandes villes
Direction accueil / France Services Proximité avec le front-office Faible levier sur les back-offices Communes rurales, intercommunalités multi-sites

Choisir un modèle revient d'abord à clarifier où se situe l'autorité capable d'imposer un référentiel commun. À défaut, chaque direction construira sa GRU maison. Cinq ans plus tard, la collectivité compte autant de relations usagers que de services.

Les cinq piliers d'une gouvernance qui tient

Pilier Questions à trancher Livrables
Vision DG et élus Quelle cible à trois ans ? Quel niveau de service assumé publiquement ? Feuille de route pluriannuelle, budget, sponsor identifié
Règles de service Quels délais ? Quels canaux garantis ? Charte de service commune à toutes les directions
Référentiel usager Qui accède à quoi ? Quels profils d'habilitation ? Schéma de données, matrice des droits par profil
Comitologie Qui arbitre ? À quelle fréquence ? Dans quelle instance ? Matrice RACI, calendrier des comités, reporting
Amélioration continue Comment recueillir l'avis à chaud ? Quels indicateurs publier ? Tableau de bord et plan d'action trimestriel

Le pilier le plus souvent négligé reste la comitologie. On formalise volontiers une vision et des règles de service. On oublie de désigner qui tranchera, dans six mois, lorsqu'une direction métier voudra son propre formulaire, son propre compte usager et ses propres modèles de courrier. C'est pourtant là que la gouvernance se joue.

Omnicanalité : les risques canal par canal

Canal Risque sans gouvernance Bonne pratique
Portail et application mobile Multiplication des formulaires et des comptes usagers Catalogue unique des démarches, compte usager unifié
Téléphone Files d'attente, redirections en boucle Couplage téléphonique relié au référentiel usager
Guichet physique Temps d'attente non mesuré, ressaisies Prise de rendez-vous omnicanale, file numérique
Concertation publique Consultation déconnectée des services instructeurs Contributions versées à la GRU, accusé de réception
Courrier papier Saisie tardive, dossier hors radar Numérisation dès l'ouverture, routage automatique

Le courrier papier mérite une attention particulière. C'est là que l'écart de traitement est le plus flagrant : un même signalement de voirie adressé par courrier ou déposé via un téléservice ne connaîtra ni le même sort ni le même délai. Cet écart n'a rien de technique. C'est une question de règle de service, donc de gouvernance.

Bon à savoir

Deux règles pour des indicateurs utiles

Le programme Services Publics+ a installé un principe utile : une administration publie ses résultats de qualité de service. Mesurer par canal et pas seulement en global, car une moyenne flatteuse masque presque toujours un canal sinistré. Et publier, car un indicateur qui ne sort pas du comité de pilotage ne produit aucun effet d'entraînement sur les métiers.

Le socle technique doit rendre la gouvernance possible

Une gouvernance claire ne suffit pas si l'architecture la contredit. Quand chaque métier dispose de son logiciel et de son portail, l'autorité la mieux établie arbitre sur des données qui n'existent nulle part au même endroit.

C'est la logique sur laquelle nous avons construit Open CRM : un référentiel usager unique sur lequel se greffent les modules métiers, au lieu d'une juxtaposition d'outils à interfacer. Pour une gouvernance, cela change trois choses.

Le middle office capte tous les canaux (web, e-mail, courrier, téléphone, guichet) et les fait converger vers un même circuit de traitement. La règle de service s'applique alors partout de la même façon.

Les habilitations par profil d'agent permettent de tenir ensemble référentiel commun et cloisonnement RGPD, au lieu de les opposer.

L'architecture no-code permet aux équipes de faire évoluer formulaires, règles de routage et modèles de communication sans dépendre d'un développement. C'est la condition pratique pour qu'une charte de communication vive au-delà de sa rédaction.

Open CRM s'intègre aux logiciels métiers existants via connecteurs et API. Il ne s'agit pas de remettre en cause l'écosystème applicatif d'une DSI, mais de lui ajouter la couche d'orchestration qui lui manque. La solution est éditée en France et référencée à l'UGAP comme à la CANUT.

Sur le terrain

Sur le terrain, trois exemples de convergence des canaux autour d'un même référentiel :

Portail
Le portail des démarches de la Creuse
Tutoriels
Les tutoriels vidéo du Cantal
Service multicanal
Le service Allo Séniors à Chalon-sur-Saône

Ce qu'il faut retenir

La GRU n'est ni un portail ni un centre d'appels. C'est l'orchestration de tous les points de contact autour d'un référentiel commun de données, de qualité et de responsabilités.

Sans gouvernance portée au plus haut niveau, la meilleure plateforme sera détournée par des silos métiers, ou cannibalisée par un canal au détriment d'un autre. Une gouvernance claire, avec des objectifs partagés et des indicateurs publiés, fait de la relation usager un levier de confiance et de performance, pour les agents comme pour les élus.

Trois questions à poser en comité de direction

  1. 1Qui peut aujourd'hui imposer une règle de service à une direction métier qui n'en veut pas ?
  2. 2Combien de comptes différents un usager doit-il créer pour interagir avec la collectivité ?
  3. 3Un agent d'accueil peut-il, depuis une seule interface, dire à un usager où en est sa demande, quel que soit le canal d'arrivée ?

Si l'une de ces réponses vous laisse hésitant, le sujet n'est pas encore réglé.

Passez à l'action

Prêt à unifier votre relation usager ?

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Sans engagement · 20 min avec un expert GRU

Hervé Astier
Co-fondateur et directeur associé de Lanteas

Il intervient auprès des collectivités en tant que directeur de projet et expert portail, après avoir conseillé de grandes collectivités locales dans la conception de leurs projets d'e-administration.

Sources

DITP, Plan téléphone du programme Services Publics+ ; Code des relations entre le public et l'administration.